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21.02.2007

Feu sur François Bayrou

Feu sur François Bayrou

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.


Dans les sondages, et sur le terrain, c'est le festival de Bayrou. Mais ce sont ses adversaires qui déchantent. Comment arrêter un tracteur chantant et centriste à 4 roues motrices ? Jamais les états-majors de gauche, de droite et d'extrême droite n'avaient imaginé d'avoir à faire face à la percée surprise du « fou déclamant », ce prétendant béarnais dont ils moquaient tout unanimement la « folie poétique », la suffisance politique et « l'inexistence définitive ». Car s'il est un point commun entre les sarkozystes, les socialistes et les frontistes, c'est bien le mépris abyssal pour les centristes considérés comme des forces d'appoint de la droite, des forts en gueule, des fiers à bras, mais des faibles de caractère qui se lèvent pour la messe et finissent toujours à genoux devant le pouvoir, couchés devant leurs électeurs de droite.

Des « caramels mous », selon Barre, « des couilles molles », selon tous les autres, des vaticinateurs qui « ne sont ni à gauche ni à gauche», se moquait Mitterrand. « Ils finissent toujours achetés, il faut les laisser frétiller, c'est tout, répétait Pompidou. Chaque centriste a son prix, il suffit de le connaître ». Simplement Bayrou n'est plus à vendre. Il n'a pas de prix.

Ce démocrate-chrétien croit en son destin. Ce pyrénéen n'a pas seulement entendu des voix du haut de sa montagne. Les voix, il les compte et en compte chaque jour davantage. Bref, Bayrou devient un danger, une menace qu'il faut combattre. Car avec 17 % des suffrages comme l'estime CSA aujourd'hui, il veut tout espérer. D'ailleurs, il espère tout et mieux encore, puisqu'il est en avance sur son tableau de marche le plus optimiste. Le candidat UDF en effet ne rêvait pas se retrouver à ce niveau avant la toute fin du mois et surtout dans les estimations d'un institut qui l'a toujours donné très bas, l'enfermant dans le rôle peu enviable du branquignol, du candidat farfelu comme Marcel Barbu autrefois le défenseur des chiens battus.

Le « farfelu » maintenant est pris au sérieux, et dans chaque état-major on se demande comment stopper l'avancée de ce croisé d'autant plus dangereux qu'il est un rescapé - il a vu la mort politique de près en 2002 - et qu'il se croit porté par une mission historique - mettre fin à l'hémiplégie française - et par « une vague populaire » que rien ne peut arrêter.

Chacun de ses adversaires a donc commencé de revoir sa stratégie
. Ségolène Royal a attaqué directement le président de l'UDF hier soir, sans le nommer évidemment, mais à plusieurs reprises en raillant son absence de projet et en rappelant, comme Mitterrand le faisait et Jospin et tous les leaders socialistes, à l'exception de Rocard, que ceux « qui se disent ni de droite ni de gauche finissent toujours par tomber du même côté ». Quant aux généraux de campagne ségolistes, ils font feu de tous les sabords, contre ce démocrate-chrétien qui avait mis des millions de manifestants dans la rue lorsqu'il était ministre de l'Education.

La violence de ces attaques comporte pourtant un risque majeur : braquer l'électorat centriste dont Royal aurait besoin au second tour. Mais il faut de toute urgence bloquer l'hémorragie d'électeurs. Alors, les socialistes portent le fer dans la plaie. Ce à quoi ne se résout pas publiquement encore Sarkozy qui a fait passer le message à ses troupes : pas d'attaque frontale contre le béarnais puisqu'il aura besoin de ces électeurs lui aussi qui, pour l'instant, se reportent à 60 % en sa faveur. Mais on n'en prépare pas moins les argumentaires contre Bayrou qui n'est pas un poulain de l'année, plutôt un vieux cheval de retour, qui a participé à plusieurs gouvernements sans s'y singulariser sinon par son immobilisme. En attendant, l'on déstabilise ainsi le concurrent: Bayrou va se dégonfler, répète-t-on, se chevènementiser dès qu'il va devoir présenter son programme qu'il n'a pas.

Quant à Jean-Marie Le Pen, pour contrer François « Bayrouge », ce prétendu candidat du peuple, le leader extrémiste est revenu à ses fondamentaux xénophobes et homophobes, à ses provocations poisseuses, comparant le 11 septembre 2001 à « un incident de l'histoire », se gaussant lourdement des homosexuels qu'il compare à des « chapons qu'on peut chasser toute l'année dans le marais à Paris, alors que dans le marais Picard, la chasse est très réglementée ». Bref, Le Pen a ressorti la grosse artillerie beauf. Les ficelles sont cependant usées et à 78 ans, le très ancien combattant de la guerre d'Algérie n'a plus la même faconde qu'avant. Surtout qu'il doit en rajouter toujours plus, car tous les autres candidats sont désormais des candidats protestataires qui lui ont mangé son fonds de commerce. Et pour commencer Bayrou, qui lui, en plus, a obtenu le respect des civilisés, des CSP et bacs +, de ces lettrés qui n'ont toujours eu que mépris pour ses subjonctifs à lui. Le Pen se retient de dire tout le mal qu'il pense de cet « ectoplasme », de ce « François Soubirou », il se retient pour ne pas le faire monter davantage, mais pour combien de temps encore !

Mercredi 21 Février 2007
Nicolas Domenach

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